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Corrigé sujet IEP 2021 : Pensez vous encore possible de préserver le secret aujourd’hui ?

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Corrigé sujet IEP 2021 : Pensez vous encore possible de préserver le secret aujourd’hui ?

Ceci est une proposition de corrigé, d’autres reformulations et articulations des idées étaient bien évidemment possibles…
N’hésitez pas à laisser en commentaire vos questions ou vos plans.

 

« Bafoué, sauvagement frappé, la tête en sang, les organes éclatés, il atteint les limites de la souffrance humaine, sans jamais trahir un seul secret, lui qui les savait tous », ces propos de Laura Moulin sont propices à une réflexion historique mais également actuelle. Serait-il encore possible pour l’homme contemporain de conserver aussi ardemment un secret alors que celui-ci évolue dans une société qui rend tout accessible et dans laquelle le secret n’est plus sacré ? Si le secret signifie ce qui étymologiquement nous sépare, la société de la transparence actuelle semble, au contraire, ne laisser aucun repli, aucune zone d’ombre aux hommes pour nourrir leur intériorité, leur jardin secret. La transparence renvoie à un idéal d’ouverture et d’accessibilité aux informations de manière indiscriminée. Conserver un secret est donc devenu suspicieux et non un gage de loyauté. Ainsi, dans la sphère politique, les secrets d’Etats sont difficilement acceptés, la raison d’Etat apparaissant comme un abus de pouvoir bien plus qu’un moyen de garantir secrètement et souverainement la sécurité collective des citoyens par le gouvernement.
On peut alors légitimement se demander dans quelle mesure il serait possible de resacraliser le secret dans une société de la transparence.
Nous verrons que le sens du secret est fragilisé dans notre société contemporaine puis que l’homme dispose de ressources inhérentes à sa condition pour pouvoir le préserver et le recréer en permanence.

  

I/ Un sens du secret fragilisé dans la société contemporaine

A) Une délégitimation du secret

 

-> Le secret semble aujourd’hui être associé au mensonge, vouloir le conserver signifierait dans la situation actuelle d’inspiration anglo-protestante défendre l’immoralité. La psychanalyse présente justement l’exploration des non-dits, rêves et lapsus comme lieux de nos souffrances qu’il convient par le témoignage et la parole libératoire (effet de catharsis) d’exposer afin de se sentir mieux. Le secret, pierre angulaire de la philosophie des anciens, qui renvoyait à l’idée de destin est aujourd’hui délaissée au profit d’une conception moderne du tout voir et tout savoir. Cette suspicion du secret se retrouve en politique et dans la société civile.

-> Le gout pour le secret est actuellement synonyme de gout pour la domination ainsi , en opposition, l’acte militant et politique est devenu aujourd’hui un acte de divulgation. Le fait démocratique n’est plus associé au vote (secret dans l’isoloir) mais bien à un activisme de dénonciation et de divulgation. Cette société de whisleblower qu’Anne Dufourmantelle nomme société d’agents de renseignement dans son œuvre Défense du secret ne laisse aucune place à la défense du secret.

 

-> Au niveau politique, on remarque que les négociations internationales secrètes (définition même de la diplomatie, en témoigne l’inviolavilité de la valise diplomatique) entrainent de la part de l’opinion publique et des citoyens une méfiance voire une défiance. De l’accusation d’abus de pouvoir, jusqu’à celui de gouvernement secret – dans une société qui voit des complots partout- les gouvernements peuvent difficilement faire valoir l’acte de gouvernement sans être accusés d’être antidémocratiques. (cf Traité d’Aix-la-chapelle en 2019)

 

B) La difficile préservation du secret dans la société de communication

 

-> La société de communication est une société de l’image qui incite à exposer nos existences, à tout profaner. En effet profaner signifie mettre devant le temple (pro fanun), ne plus maintenir secret et donc sacré. On assiste à une prolifération des informations nous concernant que ce soit volontairement ou à notre insu. Pour Marc Dugain dans son œuvre L’homme nu, 98% de nos informations sont aujourd’hui numérisées.

 

-> Dans cette société de l’exposition, de l’outing, le droit à la confidentialité ou dans un second temps le droit à l’oubli peine à exister. Les moyens de divulgation (plateformes, réseaux, outils de communication) vont plus vites que les moyens de protéger nos existences (mots de passe, https etc…). Ainsi, on assiste au développement d’une cybercriminalité qui opère sous forme de chantage avec nos informations numériques. A un niveau plus politique, les récents scandales de wikileaks ou les différents métiers en lien avec le Data témoigne de l’impossibilité de dissimuler des informations (bonnes comme mauvaises).

 

-> Cette société de la transparence a abandonné les lieux et les objets qui appartiennent à la constellation du secret : les mécanismes de serrures, les portes dérobées, les escaliers invisibles, les lettres. Une transformation du langage est même venue consacrer cet abandon du secret, accusé d’etre désuet. En effet, le métier de « secrétaire » s’est transformé en « assistant » comme le fait remarquer Régis Debray dans son œuvre l’obscénité démocratique. Plus largement c’est toute la capacité symbolique des hommes qui est rendue a priori impossible au profit d’une capacité numérique.

 

La société contemporaine ne nous incite pas à préserver nos secrets et même si nous en avions la volonté, encore faudrait-il disposer des moyens qui rendent possibles ce maintien de la confidentialité. Pourtant, le secret reste garanti comme fondement du droit et donc de nos libertés. Plus encore, les secrets semblent inépuisables car constitutifs de l’humanité.

 

II/ La permanence du sens du secret inhérent à la condition humaine

 

A) Un secret encore garanti par le droit comme fondement de nos libertés

 

->La société actuelle repose sur un encadrement et une préservation du secret malgré les atteintes que l’on a pu examiner. Un certain nombre de secrets professionnels n’ont pas pour unique dimension la préservation d’une relation contractuelle,inter-individuelle, mais consacre également la preservation de l’ordre public. C’est toute la confiance dans des professions que garantit le secret professionnel des médecins ou encore des avocats. De la même manière, on remarquera que le secret de l’instruction, le secret de l’enquête et la présomption d’innocence reposent entièrement sur le secret et que ces notions constituent la base de l’état de droit et de notre capacité à rendre justice par nos institutions.

 

->Plus encore, le secret est au cœur du fonctionnement de l’État notamment dans sa dimension régalienne. Machiavel, dans son ouvrage Le Prince, rend possible l’autonomisation du politique et montre la nécessité du secret pour conserver le pouvoir et faire naître l’Etat moderne. Le secret est au fondement de l’Etat et des institutions qui le protègent, notamment grâce à l’armée appelée  la « grande muette ». En effet l’armée est entièrement organisée sur le principe de la confidentialité : niveau d’habilitation et sanction en cas de divulgation. Plus largement la théorie de la séparation des pouvoirs maintien une distance , une séparation entre nos institutions, les rendant ainsi démocratiques.

 

-> Enfin, malgré tout, les hommes disposent encore de ce qu’au Moyen-Age nous appelions le « for intérieur », c’est-à-dire cette liberté de conscience qu’aucun individu extérieur ne peut entraver. Cette liberté de conscience est consacrée par la constitution et nous autorise à faire valoir notre conscience et notre intimité pour se protéger de l’injonction à la transparence. Article 18 de la CUDH : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites. »

 

B) La recréation et revalorisation du secret

 

-> La préservation du secret est aussi un principe dynamique car inévitablement certaines zones précédemment secrètes deviennent exposées. Dès lors, les hommes doivent encadrer sa divulgation mais aussi recréer des espaces propices au secret. L’art est le lieu privilégié du secret car il est un espace symbolique. Que ce soit l’humour, la poésie, l’art, tous ces domaines reposent sur des sens propres et figurés, c’est-à-dire cachés. Tant que subsiste cette capacité artistique, les hommes maintiendront une forme indispensable de secret.

 

->Une éducation au secret est aussi fondamentale pour pouvoir le préserver et que chacun réalise son rôle et ses fonctions. Georg Simmel dans son œuvre, Secret et sociétés secrètes, explique les trois fonctions du secret : protéger, relier et sacraliser. Ce dernier a initié ce travail que la philosophe et psychanalyste Anne Dufourmantelle a voulu recemment « démocratiser ». L’objectif n’est plus de décrire le secret sous l’angle de la morale (bien ou mal) mais plutôt d’en montrer la fonction et ainsi le préserver pour par la suite mieux définir son usage.

 

-> On peut enfin observer que la capacité des hommes à entretenir des relations d’amitié, d’amour et de désir est liée à leur faculté à sculpter en permanence un secret que chacun laisse plus ou moins entrevoir. Comme l’exprimait Malraux dans ses Antimémoires , « l’homme n’est qu’un misérable petit tas de secret », ce propre de l’homme continue à s’exprimer, même dans la société du tout numérique. Les rêves de dystopies proposant un homme augmenté dont l’ensemble des capacités seraient en permanence mesurées et accessibles ne se sont pas encore réalisés.

 

 

Le sens du secret semble aujourd’hui menacé et impossible à protéger car suspect et immoral. Bien que ce soit la vocation même du secret d’être potentiellement dévoilé, c’est sa désacralisation ontologique, comme propre de l’homme que la société de la communication entraine. Dire que cette potentialité est devenue permanente serait négliger les ressources des hommes à recréer des zones d’ombre pour se construire et développer leur sens éthique, artistique et de la vie en communauté. Car le secret est un préalable nécessaire à la constitution des rapports humains dans la cité, c’est-à-dire en tant que Zoon Politikon.

Lucas Leroux – Responsable prépa SciencesPo/IEP L’ETUDE Marseille

https://www.letude-marseille.com/preparation-aux-concours/sciences-po/preparation-annuelle-sciencespo-iep/

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