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Dissertation : Enjeux géopolitiques du XXIème siècle

Les principaux enjeux géopolitiques en ce début de 21ème siècle

Dissertation : Enjeux géopolitiques 

Les historiens comme René Rémond dans son introduction à l’histoire de notre temps intitulé « le XXème siècle de 1914 à nos jours » ou encore comme Hobsbawm dans son ouvrage « Histoire du court XXème siècle », présentent la chute du mur de Berlin en 1989 et l’effondrement du l’URSS en 1991 comme les évènements clefs marquant la fin du XXème siècle. En effet, la bipolarisation entre d’un côté le bloc capitaliste mené par les USA et le bloc communiste mené par l’URSS a structuré les relations internationales dans la deuxième partie du XXème siècle. Cette période a donc été marquée par l’enjeu majeur de la rivalité nucléaire et du risque d’autodestruction.
En remportant la guerre froide, les USA ont fait sortir le monde du XXème siècle pour l’entrainer dans une décennie où la superpuissance américaine a pu à la fois imposer son idéologie aux pays de l’Est (en témoigne la « thérapie du choc » sous Eltsine en URSS) ou encore apparaitre comme le « gendarme du monde » par des interventions militaires notamment lors des conflits en Irak (1990-1991) et en ex- Yougoslavie (1999). Cette superpuissance américaine caractérisée par une domination à la fois matérielle et idéologique a semblé consacrer la théorie de F. Fukuyama selon laquelle les hommes et les États seraient rentrés dans la « fin de l’histoire », c’est-à-dire dans un monde où les conflits seraient voués à disparaitre au nom de l’épanouissement de l’individu et du confort matériel des sociétés capitalistes encadrées par la social-démocratie.
Cependant, il semblerait que cette conflictualité n’est pas laissée sa place à la paix perpétuelle ni au confort de la fin de l’histoire. Bien au contraire, le XXIème siècle à fait naitre de nouveaux enjeux géopolitiques, confirmant les mots de l’ancien diplomates russes de M. Gorbatchev, Alexandre Arbatov, adressés aux américains au moment de la chute de l’URSS : « Nous allons vous rendre le pire des services, nous allons vous priver d’ennemi ! » L’URSS était en effet le « meilleur ennemi » des USA, cette tension géopolitique rythmait les relations internationales, néanmoins la disparition de la guerre froide à fait rentrer les relations internationales dans de nouveaux enjeux, multiples, complexes et parfois invisibles.
La géopolitique peut à ce titre se définir actuellement comme à la fois l’étude des enjeux et conflits « objectifs » mais également comme l’analyse « de conflits relatifs à des territoires représentés, c’est-à-dire des territoires qui — pour ceux qui les habitent, qui les convoitent ou encore qui les décrivent — sont imaginés. » pour reprendre les termes d’Alexandre Defay dans La géopolitique.
On peut dès lors s’interroger sur les principaux enjeux géopolitiques de ce début du XXIème, qui semblent se dérouler dans un cadre spatial nouveau puisque la conflictualité aujourd’hui se développe dans les 5 dimensions – terrestre, maritime, spatiale, aérienne et numérique. Temporellement, on peut faire commencer le XXIème siècle géopolitiquement le 11 septembre 2001 lors des attentats contre les États-Unis, mettant sur le devant de la scène la problématique centrale du terrorisme. Dissertation : Enjeux géopolitiques
Pour analyser ces enjeux contemporains nous nous intéresserons tout d’abord à la menace de la force dans le cadre des tensions interétatiques classiques, puis aux risques de la faiblesse avec les guerres de 4eme génération dites « asymétriques » pour enfin questionner les enjeux de la mondialisation.

I/ Les menaces de la force Dissertation : Enjeux géopolitiques

 

A) L’avènement de la multipolarité Dissertation : Enjeux géopolitiques

 

       Les Etats entretiennent des relations parfois conflictuelles, notamment à l’heure de la multipolarité et dans un monde où la prolifération nucléaire reste encore un enjeu central.

La superpuissance américaine de la décennie 90 à 2000 a laissé la place à la multipolarité selon la théorie du géopoliticien Alexandre Douguine[1], proche conseiller de V. Poutine, dans son œuvre intitulé « Pour une théorie du monde multipolaire ». En effet, il théorise le monde actuel comme étant partagé entre différents pôles de pouvoir. Il défend notamment l’Eurasie, une vaste zone civilisationnelle comprenant la Russie et un certain nombre de pays limitrophes – qu’il oppose notamment à la Chine ou aux Etats-Unis. Pour le géopoliticien Pascal Boniface[2], le monde actuel est donc dans une situation « hybride uni-multipolaire » ou en « voie de multipolarisation » du fait du déclin progressif de l’imperium mundi américain depuis le 11 septembre 2001.
Ce développement de nouvelles zones de puissance, dont particulièrement l’Eurasie, semble se confirmer par les conflits en Crimée et en Ukraine en 2014 lors desquels la Russie s’est affirmée dans son « glacis défensif », c’est-à-dire au sein des pays limitrophes qui « appartiennent » à l’espace eurasien. Plus récemment, les prises de position de la Russie en tant qu’arbitre puis en faveur de l’Azerbaïdjan, dans le conflit au Haut-karabagh, démontre le rôle diplomatique majeur qu’incarne actuellement la Russie ainsi que le processus de recouvrement de puissance qui est en train de s’opérer.
C’est également la Chine qui s’affirme en tant que pôle de puissance, en témoigne le fameux « Pivot asiatique » initié par B. Obama et repris par J. Biden. On entend par « pivot asiatique » la volonté de faire basculer le « centre de gravité » de la diplomatie américaine vers l’Asie Pacifique. Face aux nouvelles routes de la soie, à la stratégie du collier de perle dans l’océan indien ainsi qu’aux velléités d’annexion en mer de chine par la République populaire de Chine, les américains réorientent leur diplomatie et leur armée. De nouvelles tensions voient alors le jour et mettent face à face l’espace régional chinois et les États-Unis d’Amérique.

La retour de la Russie et de la multipolarité

 

B) Le risque nucléaire et de guerres conventionnelles

 

La fin de la guerre froide a transformé l’équilibre géopolitique, comme nous avons pu l’analyser précédemment, le monde bipolaire est devenu multipolaire. Cette multipolarité vise à l’équilibre des puissances, au statut quo, s’inspirant ainsi du traité de Westphalie de 1648 qui postule un équilibre entre des puissances souveraines, chacune ayant le droit d’assumer sa propre puissance à condition de ne pas mettre en péril l’équilibre général. Pour autant, des foyers de tensions entre puissances souveraines sont encore présents comme on a pu l’esquisser, et ce notamment à cause du risque nucléaire.
On reconnait officiellement aujourd‘hui 9 puissances nucléaires : USA, Russie, GB, France, Chine (les cinq puissances membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU) et également, l’Inde, le Pakistan, la Corée du nord et enfin de manière officieuse, Israël.  Le risque réel que fait peser l’arme nucléaire pour l’équilibre géopolitique du monde et plus largement pour les populations n’est autre que la menace d’une destruction généralisée. Par conséquent, les États ont signé un traité de non-prolifération des armes nucléaires en 1968, bien que celui-ci n’ait pas été ratifié par certains pays tels que le Soudan du sud, Israël, l’Inde ou encore le Pakistan.
Enfin, la Corée du nord s’est retirée de ce traité. Dès lors, les risques d’affrontements directes entre deux puissances nucléaires existent notamment dans le cas particulier de la zone du Cachemire. En effet, le cachemire est une zone géographique situé entre la Chine, l’Inde et le Pakistan. Cette zone est revendiquée par ces trois puissances, entrainant des combats récurrents pour gagner des positions et risquent de provoquer à terme peut être l’utilisation de l’arme nucléaire.  Dissertation : Enjeux géopolitiques

 

Vecteur aérien de la dissuasion nucléaire

       Les menaces que font peser certains États ou zones civilisationnelles pour défendre leurs intérêts s’accompagnent au XXIème siècle par des risques venant de groupes terroristes ou d’acteurs issus de la faillite d’Etats, ce que le livre blanc de la défense[3] de 2013 désigne sous le nom de « risques de la faiblesse »

II/ Les risques de la faiblesse

 

A) La balkanisation et les enjeux migratoires

Dissertation : Enjeux géopolitiques

Si les conflits interétatiques restent encore présents au XXIème siècle,.on assiste en réalité à une « balkanisation » de nombreux territoires, donnant naissance à des affrontements infra-étatiques, ethniques et religieux. En effet, on relève en 2020 deux conflits armés entre États (affrontements frontaliers entre l’Inde et le Pakistan et entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie) sur les 39. Après les attaques de 2001, le président Bush initie sa « guerre globale contre la terreur ».et entreprend des interventions armées en Afghanistan puis en Irak et plus récemment en Libye ou en Syrie.
Cette déstabilisation du Moyen-Orient s’inscrit dans une perception américaine d’un « arc de crise »[4] pour reprendre l’expression du géopoliticien Brzezinski,.qui s’étendrait de la Mauritanie jusqu’en Afghanistan.
La destruction des États en place a donné naissance au projet américain de « state building » c’est-à-dire à la volonté de recréer un système institutionnel moderne et un appareil d’État d’inspiration occidentale. Les échecs de ces tentatives ont provoqué de nombreuses conséquences. En effet, on assiste notamment aujourd’hui, du fait de cette fragmentions au Proche et Moyen-Orient, à des enjeux migratoires majeurs.
Les flux migratoires actuels se répartissent en trois voies : la voie marocaine, libyenne et enfin celle des Balkans. Outre la première, les deux autres sont notamment la conséquence de la déstabilisation des pays qui accueillent ces voies migratoires.
La question des réfugiés dépasse dans les faits plus largement le cadre.des destructions et des guerres puisque les migrants climatiques représentent un réel enjeu pour le 21ème siècle. Selon une nouvelle étude de la Banque mondiale[5], l’aggravation des effets du changement climatique dans trois régions du monde densément peuplées pourrait pousser plus de 140 millions de personnes à migrer à l’intérieur de leur propre pays d’ici 2050. Dissertation : Enjeux géopolitiques

 

La théorie du “State building” 

 

B) Les guerres asymétriques : l’usage du terrorisme

 

Pour autant, l’enjeu majeur du XXIème siècle concerne la question centrale du terrorisme. Ce phénomène ancien est à la fois nouveau par ses caractéristiques modernes et le.fait d’un processus religieux mais qui s’alimente également de la destruction des États. En effet, si al Qaeda fut au XXème siècle et au tout début du XXIème siècle une organisation.internationale qui multipliait les attentats, l’avènement de l’État islamique avec Daesh.fut possible du fait de l’effondrement de l’état Irakien puis Syrien.
La prise de pouvoir des Talibans en Afghanistan face aux échecs du state building précédemment développé,.prouve là encore que la destruction des institutions traditionnelles entraine une prise de pouvoir de groupe religieux radicaux. Le risque de.« prolifération terroriste » est un risque avéré actuel et futur.  Le terrorisme est aujourd’hui l’un des aspects d’une nouvelle forme de guerre que l’on dit asymétrique ou de 4ème génération. Elle se définit globalement et de manière classique comme la guerre de l’information,.impliquant des populations entières dans tous les domaines : politiques, économiques, sociaux et culturels.

En effet ces guerres du faible au fort opposent d’un côté un État moderne à la pointe de la technologie militaire et de l’autre des combattants.hybrides mi-civils-mi-militaires qui usent d’armes clandestines et artisanales (IED).et jouent sur la psychologie des populations pour remporter les guerres. Le terrorisme devient alors un mode d’action privilégié face à une puissance présentée comme.« armée d’occupation » ou plus globalement dans le cadre de projection extérieur dans des pays désignés comme ennemis.(attentat en France, en Espagne etc.).
Ces nouveaux enjeux militaires ont entrainé un renouvellement de la doctrine américaine de combat «.hearts and minds » (conquérir les cœurs et les esprits ») afin de tenter de vaincre ces groupes terroristes.en s’appuyant sur les populations locales et a entrainé plus largement le développement des combats en milieu urbain.pour faire face à ces nouvelles formes de combats qui vont continuer à rythmer le XXIème siècle.

 

L’Afghanistan au centre de l’arc de crise

 

Outre ces nouveaux enjeux et formes d’affrontement, la mondialisation a entrainé de nouvelles problématiques au XXIème siècle,.à savoir : la guerre économique et la rivalité dans les approvisionnements en ressources (énergies, terres rares, ressources halieutiques, terres arables…).

III) Les enjeux de la mondialisation Dissertation : Enjeux géopolitiques

 

A) La géo-économie au XXIème siècle

 

Si les affrontements militaires conventionnels, nucléaires ou encore intra-étatiques rythment le tempo géopolitique du XXIème siècle,.de nombreux pays vivent actuellement dans un relatif état de paix et de prospérité,.notamment du fait de la victoire du libéralisme dans le monde. En effet même la République populaire de Chine a adhéré à l’OMC en 2001 preuve de la victoire du libre.– échange à l’échelle quasi-mondiale. Si ces théories économiques s’appuient sur des théories classiques de non-interventionnisme étatique et de capacité d’autogestion du marché,.la réalité est tout autre.
Le développement du commerce international s’accompagne aussi de rivalités géoéconomiques. Pour le géopoliticien E. Luttwack : « En géoéconomie, comme à la guerre, les armes offensives dominent. Parmi elles, la recherche-développement (R&D), dopée par le soutien des États et l’argent des contribuables, est d’une importance capitale. De même qu’à la guerre l’artillerie conquiert, par la force de son feu, le terrain qu’occupera ensuite l’infanterie, de même la R&D peut conquérir le terrain industriel de demain en permettant d’assurer une supériorité́ technologique décisive (…).
L’artillerie de la recherche-développement encouragée par l’État est cruciale,.mais il faut aussi prêter assistance à l’infanterie, c’est-à-dire au secteur productif (…), la dernière arme offensive, c’est la ‘finance prédatrice’.
Si l’artillerie de la recherche-développement n’arrive pas à conquérir les marchés par le simple biais de la supériorité technologique, si les subventions de fonctionnement octroyées d’une façon ou d’une autre s’avèrent insuffisantes, on peut parvenir à exporter, même avec de très puissants concurrents, en offrant des prêts au-dessous des taux du marché́»[6]
On assiste donc à guerre géoéconomique entre des États alliés militairement mais dont les rivalités économiques donnent lieu à des guerre monétaires, à des déstabilisations économiques, des OPA hostiles et des coups d’État financiers (comme ce fut le cas en Grèce avec le renversement du gouvernement Grec par la Troïka).
Le libre-échange et le capitalisme génère de la conflictualité malgré les discours pacifistes qui présentent le capitalisme comme un.« doux commerce » à somme positive.

L’Organisation Mondiale du Commerce

B) Terres rares et terres arables Dissertation : Enjeux géopolitiques

 

Ces enjeux économiques s’accompagnent aujourd’hui et pour les décennies à venir d’une rivalité sur les terres rares,.à savoir les composants qui permettent de créer les produits à haute valeur technologique. Les terres rares donnent lieu dès aujourd’hui à des rivalités et des annexions territoriales.(on pense à la Mongolie intérieure pour la Chine).afin de disposer des composants essentiels à la production de biens de communication modernes ou encore à des armes. On remarque d’ailleurs que les enjeux de la cyberguerre sont étroitement liés à la faculté des États à disposer d’une souveraineté numérique.ce qui implique, entre autres, une réelle capacité d’approvisionnement en terres rares.

Enfin, de manière plus classique, le XXIème siècle fait face à l’enjeu des ressources pour nourrir la population mondiale,.des ressources halieutiques en passant par les terres arables, l’augmentation de la population mondiale et plus largement la volonté.de développer une classe moyenne en Chine ou en.Inde implique nécessairement des enjeux de souveraineté alimentaire et d’accès à l’eau. L’achat de terres en Afrique et en Amérique latine par les grandes puissances témoigne de ces nouveaux enjeux.
De la même manière, la question de l’urgence écologique avec les migrations climatiques ou plus récemment,.la question des pandémies mondiales sont autant d’enjeux et d’éléments à mettre.en relation avec la mondialisation des échanges facteur de pollution et de circulation démultiplié des virus. Dès lors, le XXIème siècle voit et semble annoncer.le retour à un protectionnisme dissimulé ou assumé en fonction des pays.

 

Pour conclure, le XXIème siècle s’inscrit à la fois dans un processus initié au XXème siècle mais.offre déjà de nouvelles caractéristiques du fait de « l’accélération de l’histoire ».qui touche l’ensemble des domaines la société dont les relations internationales. Si les risques d’affrontements nucléaires et de guerre interétatiques s’inscrivent souvent dans des tensions remontant aux siècles précédents,.les nouvelles formes d’affrontement.qui correspondent aux guerres de 4eme générations et aux effets de la mondialisation sont d’un genre nouveau. On peut aisément avancer l’hypothèse selon laquelle la conflictualité et les tensions internationales vont croite au fur.et à mesure que le libre-échange s’imposera dans le monde.
En effet, on assiste paradoxalement actuellement au retour du protectionnisme dans de nombreux pays.pour faire face aux excès de la mondialisation. On a pu constater que les pandémies comme le covid19 ou bien les risques écologiques étaient décuplés par la libre circulation des biens,.des personnes et des services. Le retour de la nation, du nationalisme et des défenses.des souverainetés territoriales ou numériques sont donc potentiellement les nouveaux enjeux et sources d’affrontement des États. Pour reprendre les propos du général de Gaulle, valable hier et encore plus aujourd’hui :.« Les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. »

 

Lucas Leroux

 

[1] Alexandre DOUGUINE – Pour une théorie du monde multipolaire , 2016

[2] Pascal BONIFACE – Atlas géopolitique du monde global, 2020

[3]  https://www.defense.gouv.fr/portail/enjeux2/politique-de-defense/le-livre-blanc-sur-la-defense-et-la-securite-nationale-2013/livre-blanc-2013

[4] Zbigniew BRZEZINSKI – Le grand échiquier, 1997

[5] Groundswell : Preparing for Internal Climate Migration

[6] E LUTTWACK – A dictionary of modern war, London, Allen Lane, 1971

 

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