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Article, Fiche de lecture

L’alchimiste Baudelaire : la boue et l’or dans Les Fleurs du mal

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La modernité poétique de Charles Baudelaire

Baudelaire : hériter du Romantisme et du Parnasse

Charles Baudelaire est un poète qui parvient à faire la synthèse de deux mouvements littéraires qui ont vu le jour au début du XIXème siècle : le Romantisme et le Parnasse.

Le Romantisme, dont Musset, Lamartine ou Hugo sont les fidèles représentants, propose une exaltation des sentiments en lien avec l’amour, le temps qui passe et la nature. Le poète romantique se fait prophète et ambitionne par la poésie de promouvoir la passion à l’échelle individuelle comme collective, donnant ainsi une génération de poètes engagés. Le mouvement du Parnasse, en réaction à ce lyrisme subjectif et sentimental, se propose de valoriser l’art pour ce qu’il est : une recherche esthétique du beau. « L’art pour l’art » selon le slogan de Théophile Gautier a ainsi pour objectif une maitrise technique pour parvenir au beau en se détournant de tout engagement social.

Le poète alchimiste

Baudelaire va transcender ces deux courants et les synthétiser pour incarner une poésie unique et nouvelle. En reprenant les sujets typiques du romantisme (la nature, les femmes.), ce dernier va les évoquer non plus par le prisme des sentiments mais par celui des sensations. En effet, Baudelaire utilise massivement le recours aux cinq sens pour décrire les effets de l’amour et donc aussi du plaisir. Il se fait voyant et utilise les correspondances entre ses sens pour mieux appréhender le réel et le transfigurer. Ses poèmes sont dès lors à la fois plus charnel (on comprend la condamnation pour outrage aux bonnes mœurs) mais également plus allégorique car il établit des correspondances indirectes entre les choses, il est un poète symboliste.
Par exemple, le poème « Le chat » incarne cet usage multiple des sens pour décrire cet animal indomptable qui représente métaphoriquement la femme (« dangereux parfum » (v.12) « palper ton corps » (V.8) « tes beaux yeux » (v3).). 

Dans la continuité du mouvement parnassien, C. Baudelaire va incarner le poète en marge de la société et même se décrire comme au-dessus de celle-ci. En effet, le poète est un alchimiste qui par le jeu des correspondances transcende le réel pour le retranscrire dans une réalité pleine de sensations. Ainsi, il se distingue de la multitude et de la masse et se voit rejeter par son époque. Le poème « L’albatros » décrit la place du poète dans la société. Il est le « Prince des nuées », c’est-à-dire qu’il domine dans les airs les hommes, il leur est supérieur dans le domaine des arts et plus particulièrement là où il aime se mouvoir : la poésie. A l’inverse, une fois sur les planches, c’est-à-dire sur terre et en compagnie des hommes : « Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule ! ». L’oiseau des mers, allégorie du poète, est inadapté socialement, plus encore, il est rejeté et persécuté par les hommes.

Baudelaire est un anti-Hugo, il ne représente aucune totalité. Au contraire, il cultive un gout pour son individualité au point d’apparaitre comme un dandy, c’est-à-dire un être déclassé, exilé dans une époque qui ne reconnait plus l’élégance de la beauté et des symboles et se vautre inexorablement dans le règne de la quantité et de la science.

Les thèmes clefs des Fleurs du mal

Dans Les fleurs du mal se croisent trois thèmes clefs qui font toute la spécificité de cette œuvre :

Le Spleen et l’Idéal : Le spleen peut se décrire comme un profond sentiment d’angoisse et de mal être. Ce spleen est omniprésent dans le recueil et se manifeste sous des formes différentes : la nuit, la mort, la douleur, le poison. Le poème « L’ennemi » ou encore « Recueillement » retranscrivent intensément cette souffrance profonde, latente et indépassable.  Parallèlement, l’Idéal que l’on peut définir comme étant un monde de perfection et de beauté vers lequel tend le poète apparait dans des poèmes comme : «L’invitation au voyage» ou encore «Parfum exotique». Néanmoins, le Spleen et l’Idéal, loin de s’opposer, s’auto-engendrent. En effet, Baudelaire est un alchimiste qui transforme la boue en or et réciproquement. Baudelaire en recherchant à exprimer les sensations les plus intenses se doit de faire cohabiter des sentiments extrêmes ce qui explique l’utilisation massive d’oxymores et d’antithèses à travers tout le recueil. A l’image du titre, « Les Fleurs du mal », ce qu’il y a de plus beau (la fleur) réside et se cultive dans ce qui est le plus laid (le mal). Le poème « A une passante » permet de saisir assez facilement cette dualité. Baudelaire exprime un coup de foudre pour une femme qu’il ne connait pas et qu’il voit passer dans la rue. Cette femme incarne un idéal de beauté mais également la sensation pure et parfaite du sentiment amoureux qui se cristallise dans les premiers instants. Pourtant, cette sensation intense de désir et de passion n’est rendue possible que parce que cette femme est inaccessible, inconnue et que le sentiment est éphémère. Comme l’indique le nom du poème, cette femme ne fait que passer et plus jamais le poète ne pourra la revoir. Dès lors, un sentiment profond de malheur et d’angoisse se crée. On comprend ainsi que l’idéal entraine le spleen. C. Baudelaire retranscrit le mouvement de la vie qui alterne entre des sentiments contradictoires mais pourtant cohérents.

La religion : C. Baudelaire a vu son œuvre les fleurs du mal être condamné pour « outrage à la morale publique et religieuse ». On pourrait croire un peu facilement que ce dernier est un contempteur de la religion, un athée qui refuse la société du Second Empire et le catholicisme. En réalité, Baudelaire doit se comprendre comme un blasphémateur, un vitupérateur qui fait preuve d’immoralité pour mieux défendre la morale. En effet, Baudelaire est en exil dans ce siècle scientifique et industriel (pensons au courant réaliste puis naturaliste qui se développe dans le roman à la même époque) mais il est également en exil sur terre, c’est-à-dire abandonné du Ciel. C. Baudelaire provoque Dieu car il attend une manifestation de ce dernier, il est un croyant ayant perdu la foi. Le poème « Les aveugles » exprime ce désespoir et se sentiment d’abandon, il est pareil aux aveugles dans le « noir illimité » et le « silence éternel », la divine étincelle est partie et le poème se termine sur une interrogative en direction du Ciel qui reste sans réponse. La poésie baudelairienne est imprégnée de religiosité et de ce sentiment d’un péché inexpugnable situé dans le cœur des hommes.

Les paradis artificiels : A l’image de la section « Vin », Baudelaire célèbre différentes formes d’ivresse. Il cherche l’altération des sens pour mieux décupler ses facultés, ses capacités d’alchimiste. Loin d’abuser de l’alcool, Baudelaire voit dans le vin un chasse-spleen, un exhausteur de vie. Il nous dit dans l e Spleen de Paris : « Enivrez-vous. Il faut être toujours ivre, tout est là ; c’est l’unique question. Pour ne pas Sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers Terre, il faut vous enivrer sans trêve. Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous. »

La vision politique de Baudelaire

Mon cœur mis à nu ( 1887) et Le Spleen de Paris (1869) méritent d’être lus car ces œuvres permettent de découvrir la vision politique de Baudelaire : l’anti-progressisme, la haine pour la démocratie et pour le règne de la quantité, le refus de l’égalitarisme, une misogynie et une misanthropie exacerbée ou encore une nostalgie réactionnaire.
Pour aller encore plus loin, la lecture de l’œuvre Les antimodernes (2005) par A. Compagnon, professeur au collège de France, permettra une compréhension plus poussée de ce monument de la poésie française.

En illustration : La Gamme jaune (1907)  par le peintre Franz Kupka. Il s’agirait d’un portrait de Charles Baudelaire inspiré du portrait photographique réalisé par Nadar en 1854.

 

Lucas Leroux – L’ETUDE Marseille

 

Pour continuer à travailler sur Les Fables de La Fontaine : https://www.letude-marseille.com/plaire-et-instruire-la-force-de-lapologue/

Pour continuer à travailler sur Le Rouge et le Noir de Stendhal : https://www.letude-marseille.com/dissertation-julien-sorel-est-il-un-heros-romantique/

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