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Le poids environnemental des technologies du numérique

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Alors que les technologies numériques et digitales tendent à dématérialiser de nombreuses activités économiques, elles sont paradoxalement très consommatrices de ressources pour leur part bien réelles. Pour fonctionner, les TIC (et demain les NBIC) nécessitent d’importantes ressources en énergie, en métaux (parfois rares) et en eau; de plus, leur rapide croissance induit des conséquences environnementales non-négligeables -le plus souvent dans des pays émergents- et parfois très éloignées du message écolo-compatible véhiculé par les grands groupes industriels. L’expansion et la diffusion technologique constituent ainsi une nouvelle problématique très peu abordée dans les débats politiques et sociétaux actuels.

De la théorie au constat

« L’informatique émet désormais plus de gaz à effet de serre que l’aviation. » ; cette phrase introductrice d’un rapport du CNRS datant de 2015 permettait déjà de constater sans équivoque l’ampleur de l’explosion des TIC et de leur utilisation. En effet, bien qu’elles réduisent sensiblement les déplacements véhiculés ainsi que le gaspillage industriel grâce aux échanges virtuels et numériques de données, l’expansion exponentielle des TIC nécessite des ressources toujours plus importantes et diverses. Ce sont notamment les serveurs informatiques et le stockage des milliards de données collectées qui mobilisent d’importantes ressources naturelles pour maintenir le bon fonctionnement d’un trafic numérique toujours plus dense. Les rapports les plus récents dressent d’ailleurs un constat très tranché : « Le secteur des nouvelles technologies représente à lui seul entre 6 et 10 % de la consommation mondiale d’électricité, selon les estimations – soit près de 4 % de nos émissions de gaz à effet de serre. Et la tendance est franchement à la hausse, à raison de 5 à 7 % d’augmentation tous les ans. » affirme le Gricad.

De l’utopie technologique et dématérialisatrice découle donc de premiers constats peu glorieux en termes de protection de l’environnement. Lors de la signature du Protocole de Kyoto, en 1997, peu d’observateurs imaginaient que les sacralisées TIC puissent un jour être si polluantes. Vues à l’époque -et encore aujourd’hui- comme la solution à une partie des problématiques écologiques, leur diffusion massive renverse ce paradigme autrefois présenté comme une conjecture quasi-certaine.

Une industrie numérisée mais « ressourçovore »

En sus de ces services numériques et virtuels, les supports matérialisés tels que les smartphones, tablettes, ordinateurs et objets connectés se propagent grâce à des chaînes de production qui sollicitent elles aussi des ressources de plus en plus rares et variées. Pour se les procurer, les entreprises n’hésitent pas à transgresser les lois ou à passer outre les préconisations humaines et écologiques. Récemment, des ONG telles qu’Amnesty International ont alerté les consommateurs de smartphones quant à l’exploitation de dizaines de milliers d’enfants par les principales entreprises (dont Apple et Samsung) dans les mines d’extraction congolaises et pakistanaises, nécessaires à la production des batteries. Il n’existe donc que très peu de limites dans cette quête aux ressources, la grande majorité des pays qui en disposent étant déjà sollicités par les firmes multinationales. Au-delà de la quantité de ressources nécessaire à la production puis l’utilisation des TIC, des questions d’éthiques se posent donc.

Une société technologiquement dépendante

Le poids grandissant de ces marchés ainsi que les enjeux économiques qui y ont trait confèrent aux leaders du numérique (particulièrement les GAFAM et BATX) de nouvelles prédispositions pouvant s’apparenter à du lobbyisme. Alors que les normes écologiques et environnementales se multiplient et s’imposent dans de nombreux services et secteurs industriels, la dépendance technologique des sociétés ultra-numérisées et informatisées positionne ces principaux acteurs comme d’importants décisionnaires pouvant faire pression sur les gouvernements et institutions internationales. Le jeu de la mondialisation, abolissant frontières économiques et entretenant un flux d’échanges conséquent, est plus que jamais favorable à ces nouveaux décisionnaires désormais plus riches que certains pays dont les ressources sont exploitées au grand dam de l’équilibre environnemental et des tenants de la soutenabilité forte. L’épisode récent que fut la crise sanitaire liée au Covid-19 et aboutissant à un confinement généralisé dans de nombreux pays a encore amplifié cette emprise à la fois économique, politique et sociologique des grands groupes technologiques sur les gouvernements et décideurs politiques, faisant fi des engagements environnementaux et écologiques décidés quelques années plus tôt lors de la COP 21.

 

Stéphane DAUMILLARE

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