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LES MERS ET OCEANS : NOUVEL ESPACE DE RIVALITE ?

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LES MERS ET OCEANS : NOUVEL ESPACE DE RIVALITE ?

 

Pendant plusieurs millénaires la conflictualité se déroulait principalement sur terre, les batailles navales n’étant que le prolongement des affrontements terrestres. C’est d’abord au XVIème siècle avec la navigation hauturière puis réellement au XXème siècle que la mer est devenue un véritable théâtre de guerre en témoigne la 1ere guerre mondiale et l’importance des U-boats allemands. Progressivement, le contrôle des mers et des océans est donc devenu primordial dans un cadre militaire mais également économique à l’heure actuelle des échanges mondialisés.

En quoi le contrôle des mers et des océans constitue-t-il un nouvel espace de rivalité ?

I/ La corrélation entre puissance et espace maritime

 

L’affirmation d’une puissance maritime

 

  • La puissance maritime spatiale comme aérienne est avant tout une capacité de gestion technologique. Ces technologies complexes renvoient à la construction navale, la cartographie, la navigation astronomique autrefois ou encore à la gestion d’un réseau de satellites aujourd’hui. Ainsi, un pays rayonne internationalement grâce à sa maitrise technologique des outils maritimes.
  • Outre ces facultés, c’est également une vision et une appréciation du temps long pour parvenir à ce niveau de développement : la marine française sous Louis XIV fut pensée à travers plusieurs siècles, en témoigne l’ordonnance de Colbert de 1669 qui marque le début d’une planification stratégique pour sortir des dépendances et garantir un approvisionnement en bois à la France (comprendre la géopolitique de la France). De manière plus contemporaine, pensé depuis le début des années 2000, le PANG (porte avion nouvelle génération), qui doit servir de deuxième porte-avion à la France (sister-ship) ne verra le jour qu’à l’horizon 2038-2040, obligeant les pouvoirs politiques à sortir du calendrier électoral au profit des intérêts supérieurs de la France. Construire une puissance maritime revient à disposer d’une vision stratégique.

 

Les avantages de la thalassocratie

 

  • L’affirmation d’une puissance maritime n’a de sens qu’à condition de comprendre les intérêts stratégiques qu’elle offre. « L’empire de la mer est indubitablement l’empire du monde » écrivait le géopoliticien Alfred Mahan. En effet, La thalassocratie semble supérieure à la tellurocratie, car selon le principe d’Archimède, le transport sur les mers est supérieur à celui sur terre comme le prouve la répartition du commerce international aujourd’hui à 80% acheminé par les routes maritimes. De même, d’un point de vue militaire, la puissance maritime offre une capacité de projection décisive, c’est-à-dire une faculté d’acheminer une force militaire, parfois avec un préavis très court, loin de son lieu habituel de stationnement, pour exécuter, aussi longtemps que nécessaire, une mission. Une faculté décisive à l’heure des guerres de 4ème génération qui utilise massivement les forces spéciales.
  • La puissance sur mer passe également, outre la faculté de projection, par une capacité de blocus. Si l’on considère que 71%, des surfaces sur le globe sont composées d’eau, alors, pratiquement tout espace continental est en relation avec un espace maritime. Un contrôle des ressources, des importations/exportations peut alors se faire directement depuis les océans. Raleigh formula le propos en ces termes « Qui contrôle la mer contrôle le commerce ; qui contrôle le commerce mondial contrôle les richesses du monde, et par conséquent le monde lui-même ».
    Enfin, sur l’espace maritime ce joue une partie du rayonnement diplomatique, le Sea Power, qui tient au fait que la haute mer est res nullius (chose sans maître): une escadre peut en croiser une autre et faire ainsi la démonstration de sa puissance sans risquer un conflit direct et sans constituer de casus belli. Le navire est donc « le meilleur des ambassadeurs » selon les mots de Cromwell.

 

II/ Une bataille juridique et territoriale

 

Du fait de son importance stratégique, le domaine maritime a été encadré donnant lieu à des rapports de forces juridiques en termes de droit international et également d’affrontements militaires permanents.

Imposer se souveraineté maritime

 

  • La formation des États au XVI et XVIIème siècle entraine une définition des frontières terrestres et également le contrôle juridique des espaces maritimes. La première extension de la souveraineté d’un État aux eaux côtières en 1604 crée une opposition entre d’un côté le Mare liberum du juriste Grotius qui formule le principe selon lequel la mer est un territoire international libre de navigation et l’œuvre Mare clausum de John Selden qui intègre déjà les notions de lignes de base ou de passage inoffensif et souhaite faire prévaloir la souveraineté des États. L’équilibre entre liberté de navigation et celui de souveraineté de l’État est en perpétuel tension.
  • Ces problematiques se voit renforcée par le faut que le droit maritime soit avant tout coutumier, c’est-à-dire qu’il se construit au fur et à mesure des cas pratiques. Les clauses et les délimitations peuvent être modifiées face aux rapports de forces que pourrait imposer un état à un autre. Par exemple, les limites des 3 nautiques ont été élargies au 12eme nautiques suite à la lutte contre les sin-boats (navires casinos) par les USA au moment de la prohibition aux USA de 1920 à 1933. Ce principe sera entériné lors de la conférence de Genève en 1958 par la nouvelle norme de mer territoriale.

 

On comprend que la rivalité juridique de deux principes forts ainsi que la dimension coutumière du droit maritime entrainent de nombreux conflits, notamment dans l’accès aux ilots situés a proximité de frontières étrangères ou encore à cause d’espaces maritimes trop réduits entre les différents pays comme en mer de chine orientale (iles spartleys et paracels par exemple).

La délimitation des ZEE et le statut de la haute mer

 

  • La création des ZEE par la convention de 1982 (200 miles soit 270km) est le fruit d’un compromis entre les états pauvres souhaitant une large zone d’exploitation et les États riches privilégiant la liberté de navigation. Enfin, rappelons que l’espace aérien représente strictement le statut des terres ou mers sous-jacents. Il existe la possibilité de prolonger la ZEE sous condition de l’acceptation et de la validation par une commission spéciale des Nations Unis à 350 miles. C’est pour cette raison que la France a pu disposer de la deuxième ZEE mondiale derrière les USA.
  • Enfin, les espaces qui ne relèvent pas de la ZEE ni du plateau continental constituent la haute -mer ou la liberté de navigation prédomine. Loin d’être une zone de non droit des conventions spécifiques s’y appliquent concernant notamment la pèche ou encore la préservation des fonds marins (classés patrimoine commun de l’humanité de puis 1970)

Mer territoriale – Zone contiguë – Zone Économique Exclusive – Plateau continental

 

III/ Une nouvelle zone d’affrontement :  les fonds marins

 

L’enjeu cyber des fonds marins

 

  • Les fonds marins sont devenus un nouvel espace de conflictualité pour deux raisons principales. Elles prolongent l’affrontement traditionnel maritime du XXème siècle et même corresponde à cette nouvelle dimension comparable à la guerre pour l’espace du milieu du XXème siècle lors de la guerre froide.
    Plus encore, elle est directement liée au nouvel espace de conflictualité qu’est le cyberespace, puisque les câbles sous-marins correspondent à la couche physique du numérique et donc aux télécommunications. Aujourd’hui 99% des informations passent par des câbles posés au fond des océans et le réseau, qui ne cesse de s’étendre comprends désormais 300 câbles approchant le million de kilomètre. Le contrôle des fonds marins permet la maitrise des réseaux ce qui correspond à une véritable « arme de désorganisation ».
  • Le secrétaire général de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), M. Jens Stoltenberg, en appelle fin 2020 à développer des missions de surveillance et de protection des câbles sous-marins. En effet, militairement deux types deux sous-marins existent avec deux vocations différentes : les SNA et SNLE. Les SNA ont notamment pour mission de faire du renseignement en écoute outre sa capacité d’attaque grâce aux missiles de croisières.Les sous-marins nucléaires lanceurs d’engin (permanence à la mer) et qui permettent par ce vecteur d’utiliser le feu nucléaire 95% des zones sous-marines nous sont inconnues : La Profondeur permet à la mer de conserver le « rôle d’espace de surprise » (raids vikings, débarquement).         

 

Les « terres » rares

 

  • Nous ne connaissons que 5% des fonds marins et nous ignorons 96% de l’univers. L’exploitation des ressources minérales en mer sont souvent situées à de très grandes profondeurs ne sont qu’à leur prémices. Le projet Solwara par exemple permet à une entreprise (Nautilus Linerals) d’exploiter de l’or et du cuivre au large de la Nouvelle-Guinée. A titre d’exemple la zone de Clipperton au large du pacifique, représentait 6000 fois plus de thallium, 3 fois plus de cobalt et plus de manganèse et de nickel que l’ensemble des ressources identifiées hors des océans. Bien évidemment les ressources halieutiques et énergétiques classiques sont également décisive actuellement mais mieux connus.

Sujets de Grand Oral en lien :

La puissance maritime suffit-elle à gagner la guerre ? (Thème 1 et thème 2)
La complémentarité entre puissance maritime et puissance cyber ? (Thème 1 et Theme 6)

Comment préserver l’environnement et la préservation du patrimoine naturel en haute mer ? (Theme 1 et Thème 4)
La maritimisation au fondement de la mondialisation ? (Géopolitique)

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